Discours de Michèle Alliot-Marie, ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et européennes à la conférence sur la sécurité de Munich (6 février 2011)

Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs,

L’interdépendance entre sécurité régionale et sécurité globale est l’une des réalités nouvelles de la mondialisation.

Les menaces globales peuvent déclencher ou envenimer les crises régionales. L’insécurité d’une région et même d’un pays peut entraîner des répercussions mondiales.

Le terrorisme international se nourrit de l’instabilité au Sahel, dans la corne de l’Afrique, en Afghanistan et au Pakistan.

L’insécurité des routes maritimes, notamment en Atlantique, prospère sur le trafic de stupéfiants.

Le trafic d’armes bénéficie du vide juridique des zones grises et des Etats faillis.

Face à la complexité des menaces, aucun Etat n’est à l’abri. Aucun Etat ne peut agir seul.

La paix et la stabilité mondiale exigent la coopération sans faille des Etats, en charge de la protection de leurs populations.

Elle suppose aussi l’émergence d’acteurs disposant de la taille critique pour faire respecter le droit international et intervenir là où la situation l’exige.

Tel est l’enjeu de l’Europe de la Défense.

Mesdames et Messieurs,

La politique européenne de sécurité repose sur les valeurs universelles de paix, de stabilité et de solidarité.

L’Europe s’engage pour la paix en Afrique, dans les Balkans, au Proche-Orient.

L’Europe travaille à la sécurité collective, en luttant contre la piraterie ou contre le terrorisme.

L’Europe contribue à la stabilité mondiale à travers plus d’une douzaine d’opérations actuellement en cours.

L’avenir de la Défense européenne est l’affaire des Européens.

Elle n’est pas l’affaire des seuls Européens.

Une politique européenne de sécurité et de défense forte, efficace, modernisée, est dans l’intérêt de tous.

Aujourd’hui, le plein accomplissement de ses missions exige un nouvel élan (I), sur la base d’une stratégie volontariste et partagée par tous (II).

I. Après 10 années de coopération exceptionnelle, la Défense européenne est aujourd’hui confrontée à une crise inédite.

Sous l’effet de la crise économique et financière, les Etats européens sont contraints à des réductions de budgets ou d’effectifs.

C’est vrai de la France, du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de l’Italie.

La crise économique et financière nous oblige à davantage de discipline en matière budgétaire.

Elle ne saurait pour autant conduire au repli sur soi.

Elle ne saurait aboutir à la cécité face aux enjeux de long terme.

Soyons clairs : le risque de déclassement stratégique est réel.

Nous devons comprendre que le parapluie américain ne saurait être universel et éternel.

Nous devons accepter que la relation transatlantique suppose que nous soyons en mesure d’y contribuer.

Nous devons agir pour que l’Europe soit en mesure de se doter de ses propres capacités afin d’apporter sa contribution à la paix et la sécurité mondiales.

Mesdames et Messieurs,

II. La France s’engage, avec ses partenaires européens, à relancer la politique européenne de sécurité et de défense.

La sécurité de nos concitoyens appelle de nouvelles synergies et mutualisations en matière de Défense.

A) Le traité de Lisbonne nous en donne les moyens politiques et institutionnels.

De nouveaux acteurs sont apparus : le président stable du Conseil européen, le Haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

De nouveaux instruments se mettent place, dont le Service européen d’action extérieure.

De nouvelles formes de coopération sont prévues par le traité :

la clause de solidarité, en vertu de laquelle les Européens se porteront secours mutuellement en cas de catastrophe naturelle ou d’attaque terroriste ;
la clause d’aide et d’assistance en cas d’agression d’un Etat membre.

B) De nouveaux objectifs stratégiques doivent guider notre coopération.

1) Moderniser les capacités de défense européenne est notre priorité.

Capacités d’anticipation et de prospective.
Nous avons organisé le partage de notre imagerie satellitaire.

Nous devons à présent nous doter de satellites de reconnaissance.

Le projet MUSIS, réunissant pour l’instant six pays, devrait le permettre. Les informations ainsi recueillies pourraient être utiles pour anticiper, planifier, et gérer les crises, et même être mises à disposition des opérations de maintien de la paix de l’ONU.

Capacités de planification et de conduite des opérations.
En situation de crise, les Européens et la communauté internationale doivent pouvoir décider, théâtre par théâtre, du cadre d’opération dans lequel leurs forces sont déployées : Union Européenne, ONU ou OTAN.

La mise en place d’un état-major de planification et de conduite des opérations peut nous donner ce choix.

2) Mieux articuler nos alliances stratégiques est un deuxième objectif.

C’est vrai des alliances avec les Etats tiers.
Qu’il s’agisse de lutter contre la piraterie ou contre le terrorisme, notre coopération doit s’adapter aux besoins effectifs de notre action.

Au large de la Somalie, une large coopération doit permettre d’assurer la sécurité du Golfe d’Aden, mais aussi de contrer l’extension du phénomène en mer d’Arabie et dans tout le bassin somalien. L’Union Européenne doit travailler avec toutes les marines présentes dans la zone, marine chinoise, indienne, russe et sud-africaine.
Au Sahel, la lutte contre AQMI doit reposer sur un partenariat renforcé entre l’Europe et l’Afrique, en coordination avec les Etats de la région. Il en va de la sécurité régionale, de celle des Européens et de la stabilité mondiale.
C’est vrai aussi des alliances régionales.
L’Union Européenne et l’OTAN sont les deux faces d’une même monnaie, celle de notre sécurité et de notre défense. Nous devons pouvoir activer indifféremment l’une ou l’autre selon les circonstances.
Au-delà de l’OTAN, la sécurité d’un monde multipolaire exige l’affirmation de véritables acteurs régionaux capables de contribuer concrètement à la stabilité mondiale. L’Europe doit être prête à travailler avec toutes les organisations régionales, en Afrique, en Asie, en Amérique, en faveur de la paix et de la sécurité du monde.

Mesdames et Messieurs, La relance de la Défense européenne est engagée.

Avec le Royaume-Uni, la France a décidé de mutualiser ses capacités.

Avec la Pologne et l’Allemagne, nous avons défendu auprès de Mme ASHTON nos propositions pour moderniser la politique européenne de sécurité et de défense, en vue du prochain Conseil Européen de septembre prochain.

La mondialisation crée de nouvelles vulnérabilités et de nouvelles interdépendances.

Face aux enjeux de la sécurité collective, la Défense européenne forge de nouvelles solidarités.

Solidarité entre Européens. La politique européenne de sécurité et de défense incarne une Europe politique, concrète, proche des préoccupations des citoyens.
Solidarités entre les Etats européens et l’ensemble des Etats engagés en faveur de la paix et de la sécurité.

L’« Europe puissance », telle que la France la conçoit et la défend, est une puissance de paix, au service des valeurs humanistes, et de la liberté des Nations.

Dernière modification : 08/02/2011

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