Droit de réponse de la France à la Russie au conseil permanent du 2 mai 2019

Nous rejetons une nouvelle fois vigoureusement toute accusation faisant état de l’existence de pressions ou de discriminations à l’encontre des médias russes dans notre pays. Si le comportement en organes d’influence de RT France et Sputnik a été pointé par nos plus hautes autorités depuis leurs activités durant la campagne pour les élections présidentielles de 2017, ces derniers continuent leurs activités en France. Notre attachement au pluralisme des opinions comme pilier de la liberté de la presse ne saurait être mis en doute.

De nombreux journalistes étrangers, y compris russes, sont régulièrement accrédités lors des conférences de presse de l’Elysée, comme du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. RT et Sputnik travaillent librement.

M. le Président, permettez-moi bien faire comprendre qu’il est en aucun cas acceptable que la France soit accusée d’inciter à la haine et au radicalisme à leur égard selon des propos outranciers tenus à plusieurs reprises par des représentants russes, y compris ici au Conseil, pour faire des parallèles révoltants avec le massacre subi par Charlie Hebdo, un rapprochement encore relayé tout récemment par la présidente de RT France Xenia Fedorova.

Le Président de la République l’a dit de manière claire, la propagande cherche à tirer parti de l’ouverture extrême de nos démocraties, à saper la confiance envers les médias, à instaurer une sorte de relativisme absolu semant le doute et la confusion. Or toutes les paroles ne se valent pas. Nous rappelons ici que le chef d’État-major des armées russe Valery Guérassimov, décrit lui-même les « actions informationnelles » comme un instrument de choix dans la palette des moyens d’intervention extérieure, dans le cadre d’une approche « hybride ».

Fin mars, la reprise par Sputnik de propos parodiques attribués à la Secrétaire d’Etat Marlène Schiappa et publiés sur Twitter a de nouveau clairement illustré le besoin de distinguer le travail des professionnels du journalisme de la production de professionnels de la propagande, tout comme les nombreux exemples de désinformation des agences russes à propos, par exemple, des manifestations des Gilets jaunes. Les manifestations hier à Paris ont donné lieu à des violences sérieuses que ne mentionne pas la Russie. En réponse à l’allégation de cette dernière selon laquelle la journaliste Viktoria Ivanova de Ria Novosti souffrirait d’une commotion cérébrale, elle s’est rendue à l’hôpital pour des douleurs au bras, d’après les informations disponibles.

Nous appelons enfin la Fédération de Russie, désormais classée par Reporters sans Frontières 149ème sur 180 pays en matière de liberté de la presse, à s’intéresser enfin aux défis réels qui la concernent, en mettant fin sans plus tarder aux pressions exercées sur les médias indépendants ainsi qu’à l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes sur son territoire : avec 159 cas non résolus identifiés par le Représentant pour la liberté des médias en 2017, la Russie est de très loin le pays affichant la situation la plus alarmante, au sein de l’OSCE, en matière de sécurité des journalistes. Voilà ce qui devrait préoccuper en priorité les autorités russes et le Conseil permanent.

Dernière modification : 02/05/2019

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