Haut-Karabagh – Intervention des co-présidents du Groupe de Minsk (7/11/2019)

Depuis 1992, ce groupe est chargé par l’OSCE de conduire une médiation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan afin de mettre un terme au conflit du Haut-Karabagh, enclave à majorité arménienne située sur le territoire de l’Azerbaïdjan.

Le groupe de Minsk est représenté depuis 1997 par une co-présidence composée de la France, des Etats-Unis et de la Russie, chacun de ces trois Etats étant représenté par un ambassadeur.

La co-présidence du Groupe de Minsk maintient un niveau d’engagement élevé dans les négociations politiques et la mise en œuvre de mesures de confiance.

Allocution de l’Ambassadeur Stéphane VISCONTI, Co-président français du groupe de Minsk

Monsieur le représentant de la Présidence en exercice de l’OSCE,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

C’est toujours pour moi un plaisir de vous retrouver chaque année, au début du mois de novembre, pour exposer devant le Conseil permanent de l’OSCE un point d’étape des douze mois écoulés et profiter de votre présence à tous ici pour nourrir nos échanges, toujours pertinents et stimulants.

Il est essentiel que cette assemblée puisse disposer des éléments d’appréciation les plus actualisés sur ce conflit du Haut-Karabagh dont vous connaissez la complexité, la sensibilité et les enjeux, au premier plan bien sûr pour les populations concernées mais aussi plus largement pour les grands équilibres de la Région. Chers Ambassadeurs, vos observations avisées tout comme votre appui sont précieux, pour conforter le travail des co-présidents et les encourager à aller de l’avant.

Mon collègue Igor Popov vient à l’instant de présenter les points les plus marquants qui ont rythmé notre travail cette année. Je vais vous épargner un exercice redondant et me limiter à partager avec vous quelques considérations personnelles sur les évolutions récentes et les perspectives.

Tout d’abord, et on ne le soulignera jamais assez, le dispositif opérationnel mis en place par l’OSCE pour traiter le sujet du règlement du conflit au Haut-Karabagh est unique et adapté.

1/ Unique par son format, auquel la communauté internationale se réfère régulièrement comme un exemple intéressant de coopération fluide et constructive entre nos trois capitales. Les analyses et dynamiques de travail à Paris rejoignent celles à Moscou et à Washington. Nos dirigeants respectifs sont personnellement attentifs et engagés. Et font le constat pour s’en réjouir que les trois pays co-présidents travaillent en confiance et s’expriment d’une seule voix. Avec, en flux constant, des concertations fécondes avec les autorités des Etats membres du Groupe de Minsk, ici à Vienne ou dans les capitales. Ceci étant complété par une articulation bien huilée avec la Présidence en exercice et le Secrétariat. Je souhaite exprimer mon appréciation au SG Thomas Greminger et à ses équipes ainsi qu’à la présidence slovaque, merci cher Radomir. Comme vous le savez, nous avons une nouvelle fois rencontré le Ministre Lajčák hier. Tous nos vœux de réussite se portent vers le Conseil ministériel de décembre. La prochaine présidence albanaise peut d’ores et déjà compter, cher Igli, sur notre plein soutien.

2/ La co-présidence du Groupe de Minsk, dont le travail est nourri en continu par l’indispensable monitoring opéré par l’Ambassadeur Kasprzyk et ses équipes de terrain, est un dispositif pertinent. Tous comme vous, j’entends régulièrement des critiques extérieures à notre Organisation reprochant que le conflit dure depuis plus d’un quart de siècle, fustigeant parfois les co-présidents, qui seraient incapables de résoudre la crise. Certaines voix radicales exigent une remise à plat totale, d’autres proposent de nouvelles approches – franchement irréalistes voire baroques, j’ose le dire. L’impatience est compréhensible. Mais il faut être clair : la Co-présidence du Groupe ne peut agir que conformément à son mandat de médiateur. Elle propose, facilite, incite – parfois avec beaucoup de vigueur – mais elle n’est pas mandatée pour imposer par la contrainte une solution aux parties. Il faut être conscient, chers collègues, du gros travail effectué par notre petite équipe. Discret mais intense, il contribue, grâce à ses des efforts répétés derrière les portes closes des entretiens, à épargner des vies humaines, stabiliser la situation et proposer des approches créatives. Notre effort de conviction vers la Paix et les compromis quelle exige se déploie à travers avec un dialogue permanent avec de nombreux interlocuteurs. Tout ceci pour un coût - vous êtes les premiers à le mesurer puisque vous examinez et validez notre budget - très raisonnable lorsqu’on le compare avec celui d’autres dispositifs de traitement de crises internationales, à l’OSCE ou aux Nations Unies.

Quelques mots, chers Ambassadeurs, sur l’état des lieux.

Une note d’optimisme tout d’abord. D’optimisme prudent bien sûr, mais dont nous pouvons ici au PC nous réjouir. Indéniablement, sur le terrain, la situation est depuis le printemps dernier, stabilisée, Andrzej Kasprzyk vous en dressera un tableau détaillé. Cette évolution positive s’explique avant tout par l’engagement personnel des deux dirigeants, dont il faut saluer le sens de la responsabilité et la retenue, depuis leur conversation à Douchanbé en septembre 2018.

Au plan politique, le dialogue n’a jamais cessé et semble ces tous derniers temps aller dans le sens d’un renforcement de la confiance. J’ai à l’esprit l’impulsion donnée à Achgabat le 11 octobre en marge du Sommet de la CEI, par le Président Aliev et le Premier ministre Pachinian. Mon collègue Andrew Schofer vous apporta dans quelques instants des précisions sur les initiatives concrètes d’ordre humanitaire en cours d’examen destinées à créer un environnement favorable à la reprise des négociations sur la substance.

Pour le Gouvernement français, l’engagement officiel des parties à « préparer les populations à la Paix » est d’importance capitale. N’y voyez pas là un lien avec le fait que c’est dans les salons du Quai d’Orsay, lors de notre rencontre du 16 janvier avec les Ministres Mnatsakanyan et Mammadyarov qu’a été donné une impulsion décisive à ce concept, qui avait été évoqué une première fois lors du conseil ministériel de Milan. Il s’agit simplement une condition impérative pour faire progresser le règlement de ce conflit qui n’a que trop duré. Aucune solution ne sera possible sans l’adhésion des populations concernées qu’il faut préparer à la Paix, en déconstruisant les stéréotypes négatifs, en favorisant une communication publique respectueuse de l’autre, et en renouant certains liens individuels entres les familles et les citoyens affectés par le conflit qui le souhaitent. Toutes les bonnes volontés méritent notre soutien. Je pense notamment aux programmes EPNK financés par l’Union européenne. La France estime en outre que l’implication des femmes de la Région dans la recherche du dialogue est à encourager sans hésitation. Nous avons discuté de l’utilité d’un rôle accru des femmes avec plusieurs de nos interlocuteurs, notamment la Ministre Wallström lors de nos consultations à Stockholm et plus récemment avec les deux ministres des Affaires étrangères arménien et azerbaïdjanais. Ils ont tous deux favorablement accueilli cette idée.

Enfin, mon Gouvernement demeure attaché à l’action menée sur le terrain par le CICR. J’ai particulièrement à l’esprit la collecte de données sur les personnes disparues. Il s’agit d’une initiative qui a été approuvée par les plus hautes autorités des deux parties lors du Sommet de Paris en décembre 2015. De nombreuses familles, où qu’elles soient, nourrissent toujours l’espoir d’obtenir de pouvoir se recueillir sur les dépouilles de leurs proches. Cette action humanitaire a été mise en œuvre avec succès dans plusieurs conflits. Le Président Maurer du CICR nous a confirmé que ses équipes sont prêtes, elles ont besoin de l’appui actif de toutes les autorités concernées

Chers collègues et amis, je termine mes propos en soulignant combien la France demeure mobilisée vers la recherche d’un règlement juste et équilibré au bénéfice de la stabilité et de la prospérité des populations de la région. Le statu quo n’est dans l’intérêt de personne. Nous ne ménagerons pas nos efforts pour progresser dans cette voie.

Je vous remercie

Dernière modification : 07/11/2019

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