Liberté de la presse - Réponse de la France à la Russie

Réponse de la France à la Russie sous le point d’actualité « Journée internationale pour la liberté de la presse » – Conseil permanent du 3 mai 2018

La France rejette vigoureusement toute accusation faisant état de l’existence de pressions ou de discriminations à l’encontre des médias russes dans notre pays. Il est bon de rappeler ici le lancement en France en décembre dernier de RT France, qui atteste de l’attachement de notre pays au pluralisme des opinions comme pilier de la liberté de la presse.

Quelques mots sur l’enjeu de la propagande qui a été évoqué. Le Président de la République l’a dit de manière claire, la propagande cherche à tirer parti de l’ouverture extrême de nos démocraties, à saper la confiance envers les médias, à instaurer une sorte de relativisme absolu semant le doute. Or toutes les paroles ne se valent pas.

A l’occasion de la conférence internationale « sur les démocraties face aux manipulations de l’information » organisée à Paris le 4 avril dernier, le Ministre de l’Europe et des affaires étrangères a eu l’occasion de définir les contours de ce phénomène. Je cite « ceux qui se livrent à ces manœuvres de désinformation tentent de retourner contre nos démocraties les principes mêmes qui les fondent - l’ouverture, la liberté d’expression et d’information - à des fins d’ingérence et de déstabilisation. La désinformation et l’existence de médias de propagande ne sont pas un phénomène nouveau bien sûr, mais la révolution numérique et ses incidences sur la manière dont l’opinion publique s’informe, tout particulièrement notre jeunesse, leur confèrent une portée sans précédent. (…) Mais le cas le plus grave, c’est lorsque une fausse nouvelle entre comme partie d’une stratégie globale, une action à portée stratégique, visant à déstabiliser des institutions elles-mêmes, à travers le ciblage d’une population. Le terme de fausse nouvelle est ici inadapté et insuffisant ; il faut lui substituer celui de manipulation de l’information, que je propose de définir à partir de trois critères. Premièrement, il s’agit d’une campagne orchestrée, impliquant des acteurs étatiques, mais aussi non étatiques. Deuxièmement, elle passe par la diffusion massive de nouvelles fausses ou biaisées, fabriquées à dessein, diffusion virale grâce à son automatisation et à sa coordination. Troisièmement, cette action stratégique répond à un objectif politique hostile : domination, interférence et déstabilisation des populations, des institutions et des États ciblés, afin d’infléchir leurs choix, de porter atteinte à l’autonomie de leurs décisions et à la souveraineté de leurs institutions ».

On peut relever ici que le chef d’État-major des armées russe Valery Guérassimov, décrit lui-même les « actions informationnelles » comme un instrument possible dans la palette des moyens d’intervention extérieure, dans le cadre d’une stratégie dite « hybride ».

Face à cet enjeu qui menace nos démocraties, le Président de la République a souhaité faire évoluer notre dispositif législatif, afin de prévenir les tentatives d’interférence dans nos élections, liées à des manipulations de l’information en période électorale, comme celles dont nous avons fait l’expérience l’année dernière, comme plusieurs autres Etats participants de l’OSCE. L’esprit de la proposition de loi d’origine parlementaire actuellement en discussion est de renforcer les pouvoirs d’autorités offrant toutes les garanties d’indépendance d’un État de droit - les juges et le Conseil supérieur de l’audiovisuel - comme gardiens de la sincérité du scrutin et d’élever le coût, pour ses initiateurs, des campagnes de désinformation. En dernier ressort, il permettra au régulateur de suspendre ou de mettre un terme définitif, dans des délais très rapides, à la diffusion de contenus malveillants contrôlés ou sous l’influence avérée d’un État étranger.

Nous souhaiterions enfin rappeler à la Fédération de Russie que bon nombre de principes louables invoqués dans sa déclaration s’agissant de la liberté de la presse mériteraient d’être appliqués chez elle, alors que selon le dernier classement établi par Reporters sans Frontières, la Russie se classe 148ème sur 180 pays.

Je vous remercie.

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Dernière modification : 04/05/2018

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