Réponse de la France à la déclaration russe relative à l’anniversaire des accords de Munich 1938

Réponse de la France à la déclaration russe relative à l’anniversaire des accords de Munich 1938 au conseil permanent du 27 septembre 2018

Monsieur le président, ma délégation souhaite réagir à la déclaration prononcée à l’instant par la délégation russe.

Tout d’abord, nous souhaitons soulever un point d’ordre : la rubrique des points d’actualité permet à ce Conseil d’aborder des questions politiques intéressant de manière immédiate la sécurité en Europe afin de favoriser le dialogue, non d’exploiter à des fins politiques des sujets du passé qui appartiennent aux historiens. Il y va aussi de la crédibilité de notre organisation.
Ma délégation regrette d’être obligée de soulever ce point d’ordre pour la troisième année consécutive au moins.

Les causes de la deuxième guerre mondiale sont multiples et complexes. En France, les historiens jouissent heureusement d’une pleine liberté pour analyser ces pages de l’Histoire européenne qui ont ravagé notre continent et contre lesquelles le projet de l’Union européenne est né, fort de ces valeurs de paix et de tolérance que nous défendons chaque jour.

Outre les accords de Munich, que l’historiographie soviétique a nommé pour des raisons politiques transparentes le « complot de Munich » que vient encore de mentionner la déclaration russe, les étapes ayant conduit au conflit incluent le pacte germano-soviétique de 1939 et ses conséquences : démembrement de la Pologne, début des massacres et déplacements de masse de populations en Europe de l’est, première étape vers la fin de l’indépendance et de la souveraineté de certains pays, et occupation de la France. La Fédération de Russie semble avoir sur ces questions une mémoire tronquée. Il faut en effet ajouter au pacte Molotov-Ribbentrop, ses protocoles secrets, y compris la livraison par la Gestapo des réfugiés russes au NKVD et la visite de Molotov à Berlin en 1940 pour négocier avec Hitler l’entrée de l’URSS dans l’Axe.

Nombreuses sont les questions qui se posent encore aux historiens sur les calculs et les motivations de l’URSS à la veille de la deuxième guerre mondiale. Elles nous rappellent combien il demeure indispensable, pour l’indivisibilité de la sécurité de l’espace OSCE, que tous les Etats participants renoncent à la manipulation du passé à des fins politiques. Plutôt que de ressasser l’histoire dont nous n’épuiserons pas aujourd’hui la complexité, il faut la dépasser : le projet européen présente à cet égard un exemple remarquable. Il est en revanche regrettable de constater chaque jour combien la Russie se fait le soutien indispensable de mouvements politiques extrémistes, en Europe et au-delà.

Monsieur le Président, je voudrais terminer par deux points :

-  Pour commencer, une invitation à la délégation russe, si elle se plaît à cibler ce que nous qualifions pour notre part de crimes de haine, à s’engager de manière honnête et objective dans la négociation à l’OSCE d’une décision ministérielle sur la lutte contre les crimes de haine. Je rappelle que la délégation russe s’est déjà opposée deux fois, en 2016 et en 2017, à l’adoption de ce texte et j’invite la présidence italienne de l’OSCE cette année à présenter ce texte à la négociation en vue du conseil ministériel de Milan ;

-  Pour conclure, un message d’avertissement très clair à nos collègues russes : les insinuations contenues dans leur déclaration quant à une association présente de la France avec la glorification du nazisme ou des mouvements extrémistes sont outrancières et inacceptables. Le maintien de telles déclarations ne sera pas sans conséquences sérieuses sur nos relations bilatérales. Nous invitons nos collègues russes à retirer ces propos./.

Dernière modification : 02/10/2018

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