Turquie - Conférence de presse de Jean-Yves Le Drian avec son homologue Mevlüt Çavuşoğlu

Le 13 juin 2019

"Merci cher Mevlüt, de ton invitation et de ton accueil.

Comme tu l’as rappelé, je me suis déjà rendu en Turquie comme ministre des affaires étrangères en septembre 2017, mais je m’étais déjà rendu en Turquie plusieurs fois comme ministre de la défense parce que je considère que le dialogue avec la Turquie est fondamental et constatant que non seulement ce dialogue est régulier au niveau des présidents, au niveau des ministres, mais il est aussi important que nous poursuivions notre relation tous les deux sur l’ensemble des sujets que tu as évoqués, qu’il y ait aussi des contacts entre les administrations, et les contacts entre nos administrations sont quasi quotidiens et cela fait partie de la qualité de l’échange.

Je dois dire aussi que nous avons tous les deux une relation forte et qui nous permet de débattre en confiance sur les points d’accord et sur les points de désaccord dans une très grande transparence, ce dont je me réjouis.

Tu l’as rappelé, nous avons des divergences sur certaines questions mais un dialogue franc, exigeant et constructif comme l’avait indiqué, en janvier de l’année dernière, le président Macron au président Erdoğan lorsqu’il était venu à Paris. Avec un dialogue à la fois franc et constructif, nous parvenons à trouver des terrains d’entente, à progresser sur les enjeux de convergence et à mieux identifier les sujets sur lesquels nous pouvons avoir des divergences.

Et c’est d’ailleurs, ce que nous avons fait aujourd’hui, en constatant des avancées sur certains sujets prioritaires, c’est à dire que la prochaine réunion de la commission conjointe pour l’économie se tiendra à l’automne, cela nous permettra de poursuivre une collaboration fructueuse. J’ai a pprécié aussi les propos tenus par mon collègue sur la manière dont la France envisage sa présidence du Conseil de l’Europe et le soutien que vous nous apportez.

Je voudrais dire aussi que nous nous battons ensemble contre le terrorisme afin de renforcer encore notre coopération dans la lutte contre Daech qui a frappé la France comme la Turquie. Et sur la lutte contre le PKK en France qui est un sujet, je le sais, essentiel pour la Turquie, nous faisons déjà beaucoup et nous sommes déterminés à faire tout ce qui est nécessaire, j’ai eu l’occasion de le redire il y a un instant.

Nous avons aussi évoqué ensemble le dossier syrien. La priorité que nous partageons est de rétablir le calme et la sérénité à Idlib pour éviter une nouvelle catastrophe humanitaire et une crise sécuritaire.

Et nous appelons instamment à ce que le régime syrien et ses soutiens cessent leurs attaques indiscriminées contre les civils à Idlib, y compris dans les événements que nous avons pu constater très très récemment et nous partageons avec la Turquie une vision commune de l’avenir de la Syrie : une Syrie stable, une Syrie démocratique, une Syrie inclusive et, si je peux me permettre, une Syrie syrienne. Alors, nous avons une appréciation différente sur un point, que tu as évoqué, au nord-est de la Syrie parce qu’il nous faut là, mais nous en sommes d’accord, éviter la résurgence de Daech, et il nous faut, de notre point de vue, favoriser une gouvernance locale, inclusive et soutenir cette gouvernance locale inclusive pour éviter l’emprise du régime et en même temps pour répondre aux préoccupations de sécurité légitimes que porte la Turquie.

Je voudrais vous dire aussi, Mesdames et Messieurs, que nous avons pleinement conscience des efforts que la Turquie, avec l’aide de la communauté internationale, notamment avec l’aide de l’Union européenne, des efforts que la Turquie a déployés, déploie pour améliorer les conditions d’accueil sur son sol de près de quatre millions de réfugiés, dont la majorité sont syriens. Et nous apprécions aussi le rôle crucial pour la réponse humanitaire transfrontalière au nord-est (NDR : il s’agit du ‘nord-ouest’) syrien que vous initiez et que vous développez. Nous aurons l’occasion de parler aussi de la question de l’Iran, de la question de la Libye.

Nous avons aussi l’occasion de parler des relations entre la Turquie et l’Union européenne. Nous souhaitons une Turquie ancrée dans l’Europe, parce que la France et l’Europe ont besoin de la Turquie, d’une Turquie stable, d’une Turquie prospère et démocratique, tout comme la Turquie a besoin de l’Europe, qui est un partenaire qui continuera à l’accompagner dans ses progrès et ses réformes.

Voilà les points essentiels que nous avons évoqués dans un esprit de dialogue, de volonté d’avancer sur nos enjeux communs et de ne pas cacher les accords mais d’essayer dans la compréhension mutuelle de les dépasser pour nos objectifs communs qui sont essentiels dans notre coopération.

Q - [en turc] La presse chypriote grecque a fait état d’une série d’allégations selon lesquelles vous alliez vous voir mettre à disposition une base et ainsi renforcer votre présence militaire. Avez-vous eu des discussions avec Ankara dans ce contexte ? Envisagez-vous, par ailleurs, d’évoquer cette question avec les Chypriotes turcs qui ont des droits égaux sur l’île ? Merci.

R - Quand le sujet n’existe pas, il n’y a pas d’entretiens à avoir. Nous n’avons jamais envisagé l’installation d’une base française ni d’une présence de l’armée française à Chypre. Nous avons simplement avec les autorités chypriotes une coopération et une volonté de développement des capacités navales chypriotes parce que ce partenariat-là s’inscrit dans le cadre des opérations de la France au Levant contre le terrorisme et également dans les perspectives de planification d’évacuation des ressortissants français éventuellement en cas de crise régionale et donc c’est un partenariat qui est une déclinaison du volet maritime de notre accord de défense avec la République de Chypre qui a été renouvelé en 2017. Donc il n’y a rien de majeur qui soit nouveau dans la situation de notre relation avec Chypre à cet égard et donc la presse chypriote qui a déclaré ça s’est trompée.

Q - Bonjour Monsieur le Ministre, Luana Sarmini de l’Agence France Presse. Nous voulions savoir si les cas de Tuna Altınel, maître de conférences à l’Université de Lyon, et le cas d’Osman Kavala avaient été abordés et si oui, ce qui a été dit à leur sujet. Merci.

R - Écoutez, je m’étais exprimé sur ce sujet à l’Assemble nationale française mardi dernier. J’avais dit que je parlerai de ces cas qui sont des cas emblématiques. Et j’avais dit que je rappellerai la position française à l’égard de la liberté d’expression, de la liberté universitaire, et généralement quand je dis quelque chose, je le fais.

(Intervention du ministre Çavuşoğlu)

Si tu permets deux choses complémentaires. D’abord sur la liberté de la presse, je t’ai exprimé mon point de vue tout à l’heure. Tu as fait état d’informations de presse en France sur les enjeux du secret-défense. Quand je lis des dépêches en Turquie ce matin, je vois aussi des enjeux de secret-défense. Donc, il faut que cette vigilance soit largement partagée, en plus sur des questions qui ont affaire à notre propre sécurité. Je t’en ai parlé et donc je le redis publiquement.

Deuxièmement, je n’ai pas réagi sur Idlib tout à l’heure mais cet incident qui vient d’avoir lieu nous préoccupe beaucoup et je redis notre position de soutien à la Turquie dans cette affaire, et la nécessité de faire respecter le cessez-le-feu dans la zone d’Idlib. C’est une zone tellement dangereuse et explosive qu’il importe que le cessez-le-feu soit respecté de manière méticuleuse et que toute atteinte au cessez-le-feu risque d’entraîner ensuite des déroulés qui pourraient être dramatiques pour tous. Et donc, le fait qu’il y ait eu cet incident ce matin nous rappelle à cette nécessité et au souhait que les pays qui ont de l’influence, les puissances qui ont de l’influence sur le régime, puissent se faire valoir de la nécessité de ce cessez-le-feu."

Dernière modification : 17/06/2019

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